Marchés obligataires : de nouvelles perspectives dans un environnement plus volatil 

Investissement

Fin de l’ère des taux bas, retour de l’inflation, tensions géopolitiques et automatisation des échanges ont profondément modifié le paysage obligataire ces trois dernières années. Si la volatilité s’est installée durablement, elle redonne aussi aux obligations un intérêt économique réel, porté par des rendements devenus à nouveau significatifs. 

« La volatilité sur les marchés obligataires n’est plus un accident, elle est devenue structurelle, prévient Grégory Juignet, responsable de la clientèle institutionnelle chez Apicil Wealth Partners. La preuve ? Selon l’indicateur Move1 Index, qui mesure la volatilité des obligations du Trésor américain, celle-ci a été en moyenne 2,5 fois plus élevée en 2025 que sur la moyenne des dix dernières années. L’emballement de l’indice reflète la probabilité de variation des taux d’intérêt sur les obligations du Trésor. En effet, il est calculé à partir des prix des options sur les contrats à terme les concernant. « Ces options intègrent les anticipations des investisseurs sur l’ampleur des variations futures des taux d’intérêt», précise Grégory Juignet. 

Le changement de paradigme sur les marchés obligataires tient d’abord à la fin d’une longue période exceptionnelle. Pendant plus de dix ans, les grandes banques centrales ont maintenu des taux d’intérêt très bas, parfois proches de zéro, et ont soutenu les marchés en rachetant massivement des obligations. Cet environnement rendait les marchés de taux relativement prévisibles et peu volatils. Mais, depuis 2022, face au retour de l’inflation, les banques centrales ont relevé leurs taux et réduit progressivement leur soutien, laissant davantage de place aux mécanismes de marché. Désormais, les prix des obligations réagissent beaucoup plus directement aux indicateurs économiques — croissance, inflation, emploi — et aux déclarations des responsables monétaires. « L’an dernier, le marché anticipait de quatre à cinq baisses de taux, il n’y en a finalement eu que deux », rappelle Grégory Juignet, soulignant à quel point la visibilité s’est réduite pour les investisseurs. 

Des évolutions structurelles 

À ces facteurs monétaires s’ajoutent des évolutions propres au fonctionnement des marchés. Une part croissante des échanges est désormais réalisée par des programmes informatiques capables d’acheter ou de vendre en quelques millisecondes, dès qu’un signal apparaît. Cette automatisation rend les marchés plus rapides, mais aussi plus sensibles aux à-coups. « On estime que plus de la moitié des volumes sur les bons du Trésor américain sont aujourd’hui générés par des algorithmes, ce qui accentue mécaniquement les variations, précise Grégory Juignet. À cela s’ajoute l’usage croissant d’instruments à effet de levier qui permettent d’investir des montants bien supérieurs au capital réellement engagé. » 

Ces positions, construites via des instruments à effet de levier (options, contrats à terme, swaps), exposent les investisseurs à des montants bien supérieurs à leur mise initiale. En cas de mouvement de marché, elles nécessitent des ajustements rapides, susceptibles d’amplifier les variations de prix. Prenons un exemple schématique. Une statistique d’inflation publiée aux États-Unis est légèrement plus élevée que prévu. Immédiatement, des algorithmes programmés pour réagir à ce type de donnée vendent des obligations, anticipant une possible hausse des taux. Ces ventes automatiques font baisser les prix. De leur côté, des investisseurs ayant utilisé des instruments à effet de levier — c’est-à-dire prenant des positions dont l’exposition est bien supérieure au capital effectivement engagé — voient leurs positions se dégrader rapidement. Pour limiter leurs pertes, ils sont contraints de vendre à leur tour, ce qui accentue la baisse.  En quelques minutes, un signal économique pourtant modéré déclenche un mouvement de marché disproportionné. 

Chocs géopolitiques 

La reconfiguration géopolitique contribue également à nourrir cette instabilité. Le retour assumé des rapports de force commerciaux, illustré par le Liberation Day et les hausses de droits de douane annoncées par l’administration Trump au début du mois d’avril 2025, ravive les craintes inflationnistes et brouille les anticipations de politique monétaire. Ces chocs géopolitiques créent de l’incertitude, perturbent les chaînes de valeur et font planer le risque d’un retour durable de l’inflation. Or, ce risque constitue l’un des principaux moteurs de la volatilité obligataire : dès que l’inflation devient incertaine, les investisseurs anticipent une réaction plus ferme des banques centrales, sous forme de hausses de taux plus rapides ou plus durables. Sachant que les prix des obligations évoluent à l’inverse des taux d’intérêt, la moindre révision des anticipations d’inflation ou de politique monétaire peut déclencher des ajustements rapides, et parfois brutaux, des prix sur les marchés obligataires. Les tensions géopolitiques que nous connaissons actuellement au Moyen-Orient nous rappellent ces réalités avec des impacts déjà visibles sur certains spreads de marché. 

Les obligations génèrent à nouveau un revenu significatif 

« Dans ce contexte de hausse des taux, les obligations génèrent à nouveau un revenu significatif et retrouvent un intérêt économique tangible, ce qui n’était plus le cas lorsque les rendements évoluaient autour de zéro, voire en territoire négatif, reconnaît Grégory Juignet. Mais, attention, la simple diversification ne suffit plus. » 

Elle doit être complétée par une sélection fine des émetteurs, afin d’identifier les États ou les entreprises capables d’absorber un environnement économique plus contraignant — niveau d’endettement soutenable, visibilité des revenus, solidité du modèle économique — et d’écarter ceux dont la situation pourrait rapidement se fragiliser. 

Cette approche va de pair avec une analyse approfondie du risque de crédit, qui dépasse la seule notation et évalue la capacité réelle d’un émetteur à résister à une remontée durable des taux, à un ralentissement économique ou à un retour de l’inflation. 

La gestion active de l’exposition aux taux d’intérêt devient en outre un levier central. Elle repose sur l’utilisation d’instruments de couverture — swaps de taux, futures ou options — permettant de se protéger contre des variations brutales des rendements obligataires. 

Le retour en grâce des fonds obligataires à échéance 

C’est dans ce cadre que les fonds obligataires à échéance suscitent aujourd’hui un regain d’intérêt. «Ces produits, pouvant s’apparenter, sur certains aspects, à un placement à durée déterminée, mais investi sur plusieurs emprunteurs plutôt que sur un seul », détaille l’expert. Concrètement, le fonds achète des obligations arrivant toutes à maturité à une même période et est conçu pour être conservé jusqu’à cette date. Pendant sa durée de vie, en moyenne de 5 ans, il perçoit les intérêts versés par les émetteurs : c’est ce que l’on appelle le portage, c’est-à-dire le revenu généré par les coupons lorsque les obligations sont détenues dans le temps. Plus les taux sont élevés au moment de l’investissement, plus ce portage devient attractif et visible, en contrepartie d’un risque de taux accru.

À l’échéance, les émetteurs remboursent leur dette. Le fonds peut alors restituer progressivement le capital aux investisseurs, sous réserve du respect des engagements des émetteurs et des conditions prévues. Cette mécanique offre aux investisseurs une meilleure visibilité sur le rendement potentiel et atténue l’impact des fluctuations de taux à court terme, lesquelles tendent à s’estomper à mesure que l’échéance approche. Ainsi, à l’inverse des fonds obligataires traditionnels qui renouvellent en permanence leurs portefeuilles et demeurent plus exposés aux variations de taux, les fonds à échéance privilégient une approche basée sur la détention des titres jusqu’au remboursement. Une stratégie particulièrement recherchée dans un environnement devenu durablement instable. 

Le fonds Stratégie Haut Rendement 2031 (ISIN: FR0013477643) géré par Apicil AM et proposé par Gresham s’inscrit dans cette logique. Pensé comme un fonds obligataire à échéance, il investit dans des obligations internationales en combinant des titres à haut rendement et, de manière plus opportuniste, des obligations investment grade, visant à améliorer la diversification et la visibilité. L’ensemble du portefeuille est construit autour d’une échéance moyenne fixée au 31 décembre 2031 afin d’offrir aux investisseurs un cadre plus lisible dans un environnement obligataire plus volatil. 

1 Le Merrill Option Volatility Estimate Index mesure les anticipations de fluctuations des taux d’intérêt à partir des prix des options sur les bons du Trésor américain, sur différentes maturités.