Les plus beaux patrimoines
se façonnent dans l'exigence

Le monde obligataire décrypté

Bien moins médiatisé que les marchés actions, le monde obligataire a pourtant une influence directe sur les placements des particuliers. Ce dossier propose de revenir sur certains fondamentaux pour mieux explorer l’impact des décisions de la BCE et les changements qui sont à l’œuvre.

Extrait de notre magazine d'informations Stratégies & Placements n°53. Septembre 2016.

Les fondamentaux

Qu'est-ce qu'une obligation ?

Schématiquement c’est une reconnaissance de dette… Et plus précisément, il s’agit d’un titre financier qui matérialise l’engagement d’un emprunteur envers un prêteur qui, en contrepartie, met des fonds à sa disposition. Grâce à cet outil de financement, les États, les collectivités locales ou les entreprises ont potentiellement accès à un large éventail d’investisseurs qui n’ont ni les mêmes attentes ni les mêmes contraintes que les banques. Et pas les mêmes exigences qu’un actionnaire, puisque l’investisseur n’entre pas au capital.

Le principe n’est pas neuf. Il aurait été inauguré en France en 1555 par Henri II, confronté à d’importants déficits laissés par François Ier et au coût des guerres en Italie… Ainsi, alors que l’usage était aux emprunts à trois mois renouvelés à échéance, Henri II a lancé à Lyon (la grande place financière de l’époque) un emprunt géant de 2 millions d’écus sur 11 ans.

Quel est le contrat ?

Dans tous les cas, l’émetteur, l’organisme ou l’entreprise qui vend des obligations, s’engage lors de l’émission sur l’ensemble des modalités de l’opération, et en particulier sur la date de remboursement et sur le niveau des intérêts (également appelés « coupons », car à l’origine il fallait détacher un morceau du titre papier pour percevoir son dû). À la différence des dividendes sur actions, les coupons sont versés quels que soient les résultats de l’émetteur (hors obligations dites subordonnées) à un taux pouvant être fixe ou variable.

Il existe différents types d’obligations, selon la qualité de l’émetteur, les conditions et la périodicité des versements des intérêts. Des variantes coexistent : par exemple des obligations à coupon zéro, dont les intérêts sont versés intégralement à l’échéance ; des obligations qui ne sont pas remboursées à l’échéance, mais converties en actions...

Les obligations sont contractées par tous types d’acteurs et peuvent être négociables sur les marchés boursiers après leur émission.

Est-ce que les obligations sont sûres ?

La sécurité de l’investissement, pour l’acquéreur, dépend avant tout de la solvabilité de l’émetteur. Dans le domaine obligataire, le risque de perte en capital correspond au risque de faillite d’un émetteur. Plus sa santé financière est fragile, plus les intérêts, en contrepartie du risque contracté, seront élevés – du moins en théorie. Des obligations sur une entreprise à la santé financière relativement délicate seront très bien rémunérées, à l’inverse d’une obligation d’État émise par un pays dont le risque de faillite est nul ou presque. En principe, les obligations d’État sont considérées comme des placements très sûrs. Mais ce n’est pas toujours le cas ; actuellement, au sein même de la zone euro, les obligations grecques affichent des taux d’intérêt beaucoup plus élevés que les allemandes (environ 7 % contre 0,2 % actuellement pour les obligations allemandes à 10 ans), traduisant un risque de défaut de paiement considéré comme plus important pour la Grèce. L’obligation d’État peut aussi intégrer un risque politique, même si le cas est rarissime : qu’on se souvienne des emprunts russes, levés par la Russie tsariste pour financer d’importants investissements, que Lénine avait décidé de répudier en 1917. Pour permettre à l’investisseur de connaître le degré de risque sur les obligations, elles peuvent être évaluées par des agences de notation indépendantes, qui révisent régulièrement leur note en fonction de l’évolution de la situation. Les titres « investment grade »  correspondent aux obligations émises par les emprunteurs qui reçoivent les meilleures notations financière. Elles s'opposent aux « non-investment grade », également appelées « high-yield » (haut rendement), bien plus risquées mais conférant un rendement plus attractif.

Qui détient ces obligations ?

Les particuliers peuvent acquérir directement des obligations, logées sur un compte-titres, au même titre que des actions. Mais la plupart du temps, les particuliers investissant sur les marchés obligataires le font indirectement à travers des organismes de placement collectifs. À noter également, les fonds en euros des contrats d’assurance vie ont longtemps été investis majoritairement sur des obligations d’État, réputées les plus sûres.

Comment se négocient les obligations ?

Deux marchés cohabitent :

  • Le marché du neuf, appelé marché primaire, celui des nouvelles émissions, permettant à un emprunteur de « lever des capitaux. »
  • Le marché de l'occasion, appelé marché secondaire, sur lequel les investisseurs vendeurs rencontrent les investisseurs acheteurs et échangent des obligations déjà existantes.

Dans le cas par exemple d’une obligation d’État à taux fixe, le cours de l’obligation évoluera en fonction des variations des taux sur les obligations nouvellement émises. Si vous détenez des obligations à taux fixe sur la dette française et que les taux baissent, votre « vieille » obligation prendra de la valeur sur les marchés, puisque son taux d’intérêt nominal reste plus élevé. Si vous la revendez sur le marché secondaire, vous réaliserez alors un bénéfice. A l’inverse, les mêmes obligations perdront de la valeur si les taux remontent. C’est ce que l’on appelle le « risque de taux », qui n’existe que si vous revendez avant échéance. Dans le cas contraire, le capital doit vous être, par contrat, intégralement remboursé (hors défaut).

Les obligations d'entreprises

Les entreprises peuvent elles aussi choisir, à la place ou en sus des emprunts bancaires classiques, d’émettre des obligations. Elles s’endettent alors auprès des investisseurs, particuliers ou institutionnels. Les obligations d'entreprises offrent généralement des rendements plus élevés que les obligations d'État ou de collectivités locales car elles présentent un risque de défaut de paiement plus élevé.

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