Les plus beaux patrimoines
se façonnent dans l'exigence

Prendre plus de risques pour payer ses impôts

Source : Tribune du Président Directeur Général GRESHAM Olivier Potellet sur lesechos.fr - 02/09/2014

Pour compenser la hausse de leurs impôts, les contribuables peuvent être tentés de miser sur l’épargne... quitte à prendre quelques risques

Les Français ont eu une mauvaise surprise en rentrant de vacances. Alors que le dernier tiers provisionnel est à honorer avant le 15 septembre, une majorité de contribuables ont vu l’addition s’alourdir cette année de 20, 30, voire de 40 % dans certains cas extrêmes ! En cause, une accumulation de dispositions prises dans le cadre de lois de finances pour 2014 qui, au final, coûtent cher, très cher et rapportent finalement moins que prévu (65 milliards au lieu des 75,3 milliards annoncés initialement).

Parmi ces mesures, on peut citer l’abaissement du quotient familial de 2.000 à 1.500 euros par part, la fiscalisation des heures supplémentaires, appliquée pour la première fois sur une année entière, la fiscalisation de la part employeur des complémentaires, l’intégration dans les revenus des majorations de retraite pour les parents ayant élevé au moins 3 enfants. Sans oublier le plafonnement des niches fiscales à 10.000 euros. D’autres mesures ont certes été prises dans le cadre du collectif budgétaire voté en juillet pour limiter la casse, mais elles concernent uniquement les salaires les plus modestes. Dès lors, face à ce énième « tour de vis fiscal », les contribuables disposent actuellement de deux options : soit ils puisent dans leur bas de laine pour payer leur surplus d’impôts, soit ils réduisent leur consommation pour compenser la hausse de leur fiscalité.

J’ai bien peur que la majorité d’entre eux choisit la seconde solution. Ces dernières années, en dépit de l’augmentation de la pression fiscale, le taux d’épargne des Français n’a cessé de croître pour frôler 16 % des revenus bruts disponibles à la fin du premier trimestre 2014. Cela peut, bien sûr, s’expliquer par la prédisposition très marquée des Français à être davantage fourmis que cigales. Mais c’est surtout le climat anxiogène qui incite nos concitoyens à thésauriser de plus en plus, par manque de visibilité et de confiance en l’avenir. On risque ainsi d’assister à une chute, ou pis à un arrêt, des dépenses des particuliers de septembre à décembre, ce qui serait dramatique pour notre pays dont la consommation demeure le principal moteur de croissance (la consommation totale des ménages a représenté plus de la moitié du produit intérieur brut en 2013).

En réalité, il existe une troisième voie, intermédiaire et beaucoup moins sombre : prendre un peu plus de risques financiers grâce à son épargne pour compenser la hausse des impôts. Les placements sécurisés et, au premier chef, les fonds en euros de l’assurance-vie rapportent en moyenne 3 % de rendement. Si l’on retranche l’inflation, les impôts et éventuellement l’ISF, on arrive à une performance proche de zéro. Or, des placements plus risqués, sur les grands indices boursiers, les marchés obligataires, l’immobilier ou encore le financement de l’économie réelle peuvent offrir aux particuliers des gains plus élevés. Ces plus-values serviront alors à financer de nouvelles hausses d’impôts.

Attention, ces investissements ne sont pas garantis. D’ailleurs, il ne faut pas, à mon sens, qu’ils représentent 100 % ni même 50 % de l’épargne, mais plutôt 30 %. Dans cette optique, l’épargnant se doit de sélectionner les investissements les plus appropriés à sa situation financière personnelle. Il doit également savoir apprécier les moments propices pour réajuster son allocation d’actifs avec pertinence. Or, s’il ne veille pas à bien s’informer sur les spécificités des différents dispositifs qui s’offrent à lui, ses placements risquent de ne pas délivrer la performance attendue.

Dans tous les cas, les Français vont devoir s’intéresser de plus près à leurs finances. Ils vont désormais devoir le faire pour moins perdre d’argent et non plus pour en gagner davantage. Telle est la nouveauté ! L’investissement n’est plus spéculatif, il devient préventif. Une stratégie offensive et défensive à la fois.

Les Français vont prendre conscience que la finance n’est décidément pas leur ennemi.