FINTECHS : LE NOUVEL EMPIRE CHINOIS

Les fintechs chinoises connaissent un énorme succès. En s’appuyant sur le développement des usages mobiles, elles ont conquis les consommateurs chinois. Mais si le gouvernement a jusqu’ici soutenu leur croissance vertigineuse, les règles changent.

La croissance vertigineuse des fintechs chinoises

Faire ses achats quotidiens, régler sa facture d’électricité, réserver un hôtel, souscrire une assurance, gérer son patrimoine, etc. sur une unique application, c’est possible et courant en Chine. En quelques années, les start-up de la finance ont transformé la vie quotidienne des Chinois. Leur innovation majeure ? Avoir réussi à mettre en place un modèle de plateforme unique au monde qui leur permet d’analyser les achats et les données de leurs utilisateurs afin de leur proposer constamment de nouveaux services répondant à leurs besoins

En 2017, le chiffre d’affaires des fintechs chinoises atteignait 94 milliards de dollars, il devrait s’élever à 285 milliards de dollars en 2020 selon iResearch, un cabinet d’études spécialisé dans l’industrie numérique chinoise. Et leur rayonnement va bien au-delà des frontières chinoises. Ant Financial est devenue la première start-up au monde avec une valorisation de 150 milliards de dollars. Elle dépasse la capitalisation boursière de banques de premier plan comme Goldman Sachs ou Morgan Stanley. La recette de ce miracle chinois ? L’émergence de nouvelles technologies, le soutien du gouvernement et la confiance des marchés.


Moderniser la chine

Le gouvernement chinois a saisi l’opportunité de l’innovation technologique pour doper l’économie, la consommation et consolider son système financier. Pour développer les fintechs porteuses de nouveaux usages, il s’est appuyé sur les géants du numérique Alibaba (e-commerce), Tencent (réseaux sociaux), Xiaomi (smartphones et applications), Baidu (moteur de recherche), JD.com (e-commerce). Deux d’entre eux ont rapidement dominé le marché : Alibaba, à travers sa filiale financière Ant Financial et son application de paiement Alipay, et Tencent avec son réseau social WeChat et son moyen de paiement WeChat Pay.

Les fintechs se sont d’autant plus facilement imposées que les banques et les assureurs traditionnels, dévoués aux services de l’Etat, peinent à répondre aux besoins des individus et des petites entreprises. Contrairement aux start-up occidentales, elles ont opté pour un modèle B to C sur un marché extraordinaire : un vivier de près de 1,4 milliard de consommateurs, une population qui a gagné en pouvoir d’achat ces dernières années et une classe moyenne qui n’hésite plus à placer, voire à spéculer.

Paiement mobile : un duel de titans

L’interdiction de Facebook, Twitter ou encore Gmail et Messenger a fait du chinois WeChat un réseau social surpuissant. Un milliard de comptes utilisateurs… selon les déclarations de son PDG Ma Huateng, lors d’une conférence de presse en mars 2018.
Et en imposant un réseau social quasi unique, la Chine a donné à son application mobile WeChatPay une place centrale dans l’économie. Un avantage non négligeable pour s’imposer face à son concurrent Alipay, filiale d’Alibaba, qui revendique, en 2018, 870 millions d’utilisateurs actifs dont 600 millions en Chine. Selon iResearch, les transactions mobiles en Chine ont atteint près de 18,7 milliards de dollars en 2017, soit 100 fois plus qu'en 2013 - et plus que toutes les transactions gérées à l'échelle mondiale par Visa et MasterCard. Les applications Alipay et WeChatPay intègrent des portefeuilles numériques pouvant être liés à une carte de crédit ou de débit, à des cartes prépayées ou alimentées par des virements. L’intégration du paiement par QR code permet aux services d’être utilisés hors ligne.

Ensuite, pas question pour les fintechs que l’argent des consommateurs chinois dorme dans leurs portefeuilles électroniques. Dès 2013, Alibaba a travaillé avec Tianhong Asset Management pour lancer le fonds Yu’e Bao. Il offre un taux d’intérêt annuel de plus de 4 % et la possibilité de retirer des fonds à tout moment. Le succès est au rendez-vous : Yu’e Bao devient le plus grand fonds monétaire mondial. En octobre 2018, il compte plus de 400 millions d'utilisateurs et 211 milliards de dollars d’actifs sous gestion selon la société de veille technologique CB Insights. Tencent n’est pas en reste, il revendiquait 47,4 milliards de dollars d’actifs sous gestion pour son fonds Licaitong en janvier 2018.

Les fintechs au service de la croissance économique

Inclure dans le système financier chinois des personnes à faible revenu est une clé de la réussite des fintechs. Si 79 % des adultes ont un compte en banque, seuls 10 % d’entre eux ont déjà emprunté via les canaux officiels selon kapronAsia, une société d’étude et de conseil spécialisée dans les services financiers asiatiques.

Or, le gouvernement entend développer une économie moderne basée sur la consommation, et donc faciliter le crédit. Dans son plan quinquennal (2016- 2020) Pékin déclare vouloir faire progresser les services financiers à destination « des PME, des paysans, des urbains à faible revenu, des personnes démunies, des handicapés, des personnes âgées et des autres groupes spéciaux ». Il a également exhorté les différents régulateurs à superviser le marché des services financiers afin « d’accélérer le développement de la finance basée sur Internet et la technologie des télécommunications dans le cadre du plan Internet Plus, visant à mieux soutenir la croissance économique réelle ».
Si les fintechs ont donc constitué un véritable outil au service de la politique économique chinoise, elles lui ont également permis de réduire la finance de l’ombre.

L’enjeu des données

Exploiter le pouvoir des données pour gouverner : telle est la stratégie mise en place par Xi Jinping depuis son accession au pouvoir. En 2014 est instauré un système de crédit social qui s’appuie notamment sur les données d’Ant Financial et de Tencent. Son but ? Moraliser le pays en attribuant une note à chaque citoyen et entreprise. Selon Kapronasia, en 2015, la banque centrale chinoise possédait des données sur 880 millions de personnes, mais l’historique de crédit de seulement 380 millions d’entre elles, soit moins d’un tiers de la population adulte. Elle a alors sélectionné huit fintechs, dont Ant Financial et Tencent, pour construire une notation de crédit à la consommation. Pour évaluer la solvabilité des individus, ils utilisent cinq indicateurs : l’historique de crédit de l’utilisateur, son comportement financier, sa capacité contractuelle, son identité et son réseau social. Ils prennent également en compte ses achats, ses virements et le comportement en matière de gestion de patrimoine. Une fois le sillon tracé, l’Etat décide là aussi de reprendre la main. Si les contraintes réglementaires affaiblissent Tencent Credit et Sesame Credit, le lancement en mai 2018, de Baihang, un système de notation de crédit appartenant à l’État, a précipité leur fin.

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